Le manager et le pop-corn

Pour accroitre leur marge, de nombreuses salles de cinéma misent sur la vente de glaces, boissons, confiseries et pop-corn. Ce dernier est distribué dans des conteneurs pouvant atteindre 2 litres. Si un ou plusieurs spectateurs, munis de ces monticules de pop-corn s’installent sur la rangée derrière moi, je préfère changer de place. Entendre des grignotements m’exaspère à plus haut point. J’ai repéré des salles envahies de consommateurs de pop-corn dans lesquelles je ne vais plus. Notez que je ne fais pas une fixation unique sur les pop-corn ; les bruits de papiers de bonbons, les chuchotements et commentaires m’horripilent autant.

Je fuis le pop-corn réel mais je suis un adepte du pop-corn métaphorique. La fabrication du vrai pop-corn résulte de la rencontre entre des grains de maïs, un peu d’huile et de chaleur. Le pop-corn métaphorique consiste à faire émerger rapidement des idées et des options  par la rencontre entre le même énoncé  d‘un problème, d’interlocuteurs ne se connaissant pas entre eux et d’un peu de chaleur humaine.

Par exemple, je suis préoccupé par un problème de management ou j’hésite devant une décision à prendre. Je rédige un texte où j’expose les données du problème, mes difficultés, tiraillements et hésitations. Je rencontre ensuite cinq à dix personnes de mon entourage non spécialistes de mon métier : un ami d’enfance, ma petite sœur, mon médecin, un voisin, mon boucher, un enseignant, etc. Je leur narre, dans les mêmes termes mon problème et leur demande ce qu’ils feraient. Je les remercie en leur promettant de les informer en fin de parcours sur ma décision finale et mon plan d’action. Ces cinq à dix idées ont émergé instantanément comme du pop-corn dont chacun des éléments est lié à la source et reste indépendant l’un envers les autres. Ce type de réseau éphémère, que je nomme réseau « pop-corn » est fort utile. Ses membres écoutent mon problème sans y être impliqués personnellement, ils me suggèrent ce qu’ils pensent sans censure, ils ne tiennent pas compte des contraintes de mon contexte, ils osent suggérer des idées farfelues et décalées. Je reste bien sur le propriétaire de ma décision dans laquelle j’intègre les données techniques, économiques et sociales du contexte, les rapports de force en présence, les ressources disponibles et les freins possibles. Au-delà de l’émergence d’options, cette démarche me permet de changer la représentation que j’avais du problème. J’ai plusieurs fois décidé que ce problème, en fin de compte, ne rentrait pas dans mes enjeux prioritaires et que cela ne valait pas la peine d’y consacrer trop d’énergie. Mes lecteurs, formés à l’analyse transactionnelle, PNL et systémique ont surement reconnu ici l’un des paramètres de l’efficience : « la liberté de choisir s’accroit avec le nombre d’options disponibles. »

Savez-vous vous entourer pour décider ?

Sauf si vous travaillez dans une entreprise du Nord de l’Europe ou du Japon, vous prenez, en dernière instance vos décisions seul. Vous écoutez les avis des autres, vous vous laissez influencer, vous lisez des revues, vous vous informez sur internet, vous prenez l’exemple de bonnes pratiques pour vivre le bref moment de solitude décisionnelle. Certains vont même jusqu’à consulter une voyante et leur thème astral. D’autres n’écoutent personne et prennent leurs dispositions de manière autonome.

Une décision sert à résoudre un problème ou à ouvrir de nouvelles perspectives. Définissons-la comme un choix irréversible et risqué entre plusieurs options possibles, chacune de ces options n’étant, par essence dans l’univers du management, pas parfaite à 100%. Pour accroitre la pertinence et l’efficience de vos décisions, je vous conseille de bien vous entourer, aussi bien dans votre entreprise qu’à l’extérieur. Si étonnant que cela puisse paraitre, ceux qui affichent leur alliance avec vous sont peu utiles ; au mieux ils s’alignent sur vos propres choix, au pire ils vous enlisent dans vos erreurs de discernement.

Il existe au moins 5 fonctions utiles avant de décider : l’analyse des faits et des données, la vocation de la décision, la production d’options, les conséquences probables de chacune des options, y compris de l’absence de décision, et enfin  l’anticipation de la communication et de la mise en œuvre de la décision.  Il est rare que vous excelliez partout. C’est pourquoi votre groupe de « vrais alliés » doit être diversifié et non pas cloné sur vous. Entourez-vous au moins d’un veilleur et analyste des données capable de vous alerter sur les évolutions de l’environnement et des forces et faiblesses de votre unité. Entourez-vous d’au moins un rêveur qui ouvre des perspectives d’avenir. Entourez-vous au moins d’un créatif qui ose sortir des idées décalées et farfelues. Entourez-vous au moins d’un dubitatif un tantinet pessimiste qui entrevoit les effets pervers de chacune des options. Entourez-vous au moins d’un pragmatique qui transforme les idées en plans d’actions acceptables par les personnes et les équipes.

Pour exploiter au mieux ces talents, invitez-les au cours de vos réunions, à aller au bout de leurs logiques respectives.

Douche froide ou naufrage ?

Manière de contredire mes vœux utopiques, l’après crise se mute en aggravation de la crise. Le crédit augmente, la croissance est atone, le chômage augmente, le prix de l’énergie s’envole, le moral de nos collaborateurs est maussade. J’espère que le vôtre est solide pour faire face et aider vos équipes à faire face aux conséquences probables de  la dégradation, assortie d’une tendance négative, des notes de plusieurs pays européens. Les ministres et analystes médiatisés préparent l’opinion à une rigueur accrue. Certains distillent que les 5 semaines de congés, le temps de travail et de nombreux droits sociaux pourraient être remis en cause. Tous ces signes, incluant la conduite non éthique du commandant, lors du naufrage de Concordia renforcent la défiance vis-à-vis du système. Il existe aussi des signes positifs qui ne sont pas perçus par nos collaborateurs aveuglés par la peur ou la colère. Les bourses sont calmes, une seule agence Standard & Poor’s, dégrade la note de la France, la croissance et la consommation repartent aux Etats Unis et la demande de produits et services reste vivace dans le monde. Ce coup de semonce va surement renforcer la cohérence européenne.

Une crise de confiance émerge dans les organisations envers la direction et la ligne managériale. Dans vos entreprises respectives vous allez probablement annoncer de sombres nouvelles : gel des recrutements et des salaires, intensification du travail pour faire face à une concurrence acharnée, efforts pour que chacun « fasse plus et mieux avec moins » Dans les organisations publiques, vous allez mettre en œuvre des mesures impopulaires visant à diminuer drastiquement la dette de l’état et des collectivités territoriales. Bien que touchés vous-mêmes par la succession des crises votre mission managériale continue à rendre encore plus performantes vos équipes. Vos directions respectives vont surement vous demander d’accélérer les reconfigurations des processus et les actions de « lean management ».

Vos collaborateurs ne sont plus prêts à vous croire si vous annoncez encore une fois  « la crise est une opportunité », ou  « nous sommes dans le même navire ». Ceci étant dit, continuez à vous battre pour que chacun consolide et développe ses compétences, pour que les idées et suggestions de chacun contribuent à la qualité et l’innovation, pour que chacun fasse au mieux son travail au service des clients et des usagers. Sachez exercer votre métier de manager dans l’adversité.

Voeux utopiques

Les vœux réalistes ne se réalisant pas, j’opte cette année pour des vœux utopiques à destination des managers et chefs de projets.

Je souhaite que vos employeurs respectifs soient des entrepreneurs passionnés par des produits et services utiles aux clients ou aux usagers. Je souhaite que vos patrons considèrent que le personnel est un investissement au même titre que la recherche et le développement, et non un coût social. Je souhaite qu’ils vous fassent tout au long de l’année des feedback pour que vous puissiez progresser et qu’ils acceptent vos propres feedback. Je souhaite que les résultats de vos entreprises soient partagés en trois : un tiers pour les investisseurs, une tiers pour l’investissement, un tiers pour le personnel. Je souhaite que la stratégie de l’entreprise vous soit explicitée et que vous puissiez avoir droit au chapitre. Je souhaite que la politique de formation vise le développement de compétences durables et non seulement les performances à court terme. Je souhaite que vous soyez avisés des échecs et réussites commerciales, et qu’en cas de crise majeure, l’on vous mobilise pour trouver des solutions. Je souhaite que vos managers vous managent, c’est-à-dire qu’ils vous consacrent au moins 51% de leur temps. Je souhaite que vous en fassiez de même avec vos équipiers. Je souhaite que vous traitiez vos addictions aux mails, Smartphones et urgences pour vous consacrer à l’essentiel de votre mission. Je souhaite que les salariés de vos fournisseurs, y compris ceux des pays émergeants bénéficient d’une juste politique sociale. Je souhaite que votre impact sur la nature soit le plus faible possible. Je souhaite que les chartes de management et les valeurs affichées soient bien déclinées avec éthique. Je souhaite que vous preniez du plaisir à travailler et que ce plaisir contribue à la compétitivité de vos entreprises.

Le poète disait : « construisons des jours à la mesure de nos rêves » – Pourquoi pas vous aussi ?

Les meilleurs progrès commencent par des résultats immédiats

Un vieux proverbe Chinois nous enseigne :”La plus longue marche commence par le premier pas”. Sans remonter aussi loin dans l’histoire le management contemporain par projet attire notre vigilance sur trois points critiques : les finalités du projet, les finitions et le premier pas.

 Les finalités donnent du sens : « pourquoi réaliser ce progrès ? », « à quels enjeux répond-il ? », « qu’est-ce que nous avons à gagner ? », « quelles en sont les conséquences ? » Vous pouvez clairement dire à vos collaborateurs que vous êtes à la fois mû par l’amélioration des performances et votre volonté éthique de garantir au mieux leur employabilité.

L’anticipation des finitions vous alerte sur les petits cailloux qui peuvent se transformer en rochers si vous n’y pensez pas dès le départ. Combien d’efforts se fracassent sur la conclusion: « nous y sommes presque arrivés ! » Par exemple, il est judicieux de prévoir à l’avance des jalons pour faire le point, l’accès à des ressources telles que bases de données et modules e-learning.

Et puis la réussite d’un projet à long terme tel que le développement des compétences est une succession de « petites victoires. » Le manager coach, après avoir clarifié les enjeux et précisé les résultats à terme, incite son collaborateur à se lancer dans les premier pas du progrès. En d’autres termes, ce qui n’est pas réalisé demain retarde d’autant l’atteinte de l’objectif. Dans la vie extra-professionnelle l’absence de premier pas fait rater de nombreux projets, tel le fameux : « Je m’y mettrai demain… et puis encore demain, » à commencer un régime, arrêter de fumer, écrire un livre ou un article, etc. Autant de vœux pieux, faute d’un engagement immédiat. C’est pourquoi le parcours effectué avec les premiers pas doit être balisé précisément : « Qu’auras tu fais demain soir ? », « Quels ont les premiers résultats que tu atteindras dans une semaine ? »,  « Quels sont les critères qui te feront dire que tu es sur la voie de la réussite dans un mois ? » Sauf dans les situations de crises et de survie, où l’impérieuse nécessité du changement autorise le manager à baliser lui-même le parcours de manière directive, il convient de s’assurer que le collaborateur est le propriétaire de sa démarche de progrès. A des fins pédagogiques, disons que le manager ne doit pas effectuer lui-même plus de 49% du travail. L’idéal serait qu’il soit seulement le déclencheur de l’appropriation par ses équipiers.

Aimez vous faire progresser vos collaborateurs ?

Le diagnostic partagé entre le manager et son collaborateur sur les  décalages entre compétences souhaitées et compétences exercées constitue le socle de la démarche de progrès. Sa condition principale de réussite est la distinction entre personne et compétence. Si le collaborateur perçoit que « compétence inadaptée égale personne inadaptée », il réactive ses mécanismes de défenses : affrontement, refus, rationalisation, soumission, accusation… Sources de débats stériles et d’escalades agressives. Orienter la démarche de progrès révèle aussi de nombreuses « chausses trappes » dans lesquelles le manager peut tomber. « Blâmer », « rater le premier pas » et « faire à la place de » sont les plus courantes dans la pratique. Des formulations orientées sur le passé telles que : « il aurait fallu que », « tu aurais dû », « je te l’avais pourtant bien expliqué » et bien d’autres formulations génèrent un « cadre du blâme ». Le collaborateur, se sent accusé, se justifie, contre-attaque, blâme les autres et refuse finalement de développer ses compétences. Les relations professionnelles sont constellées de questions qui sous couvert de résoudre des problèmes les enveniment : « qu’est ce qui ne va pas ? », « Pourquoi as-tu ce problème ? », « A qui la faute ? »…S’il est vrai que l’évitement des catastrophes est un déclenchement puissant de motivation, je vous recommande d’insister sur les améliorations possibles. En d’autres termes de s’abstenir de formulations de type : « éviter de », « ne plus », « ne pas » et de les remplacer par « aller vers », « obtenir », « réussir. »

Le tableau ci-dessous illustre avec sept  exemples quotidiens ces nuances de formulations.

Formulations inhibitrices Formulations orientées vers le progrès
« Tu aurais dû faire attention à cette procédure » « Que comptes-tu faire pour que cette procédure soit respectée ? »
« Pourquoi as-tu rencontré ce problème ? » « Qu’est-ce que t’apprends cet incident pour l ‘avenir ? »
« Je souhaite que tu ne t’énerves plus face un client mécontent » « Je souhaite que tu gardes ton calme face un client mécontent »
« Il faut absolument résorber ce désordre » « Tu peux mettre de l’ordre dans tes dossiers »
« Quelles sont tes carences face à ce type de problème à résoudre ? » « Quelles compétences veux-tu acquérir pour traiter avec efficacité ce type de problème ?»
« ce serait bien de stopper cette spirale d’échec » « Voyons ensemble ce que l’on peut faire pour engranger des réussites »
« Comment résorber nos pertes ? » « Comment produire de la marge bénéficiaire ? »

 

Bien entendu, les formulations orientées vers le progrès, sont d’autant plus efficaces que vous y croyez personnellement. Il vaut mieux ne rien faire plutôt que de les appliquer comme une procédure, sans y adhérer. Vos collaborateurs ne sont pas dupes.

Perspectives pour vos salaires.

Le Groupe Cegos a réalisé une enquête qui fait le point sur l’évolution des politiques de rémunération des cadres en 2011. Pour cette édition, 600 cadres ont été interrogés, ainsi que 200 DRH représentant une population de 73 000 cadres.

Téléchargez ici les résultats de l’enquête Cliquez

 

Deux grands axes ont été analysés : l’évolution des salaires et l’offre de rétribution des entreprises.

A ceux-ci s’ajoute un nouveau thème : les décalages entre les attentes et les engagements des cadres et des DRH.

De cette enquête nous retenons principalement :

  • Les critères de définition des politiques de rémunération évoluent sous la contrainte économique
  • Les attentes des cadres évoluent vers plus de protection et d’accompagnement social
  • Les écarts sont importants entre les décalages entre les attentes et les engagements des cadres et des DRH.

Déclenchez-vous chez vos collaborateurs l’envie de développer leurs compétences ?

Alors que les performances sont visibles et mesurables (ce sont les résultats du collaborateur), les compétences qui per­mettent d’atteindre ce niveau de performance sont, quant à elles, moins visibles, moins palpables. En d’autres termes, la perfor­mance résulte de la « mise en situation  de compétences ». Les compétences se construi­sent et s’enrichissent au cours de la trajectoire professionnelle et personnelle grâce aux savoirs, à l’expérience accumulée, aux rencontres, aux réactions manifestées face aux événements impromptus et aux problèmes à résoudre. La compétence  s’illustre par la capacité à résoudre des pro­blèmes dans un contexte professionnel donné. Une compétence est en quelque sorte une promesse de performance ; elle est une « performance virtuelle ». La performance est un ensemble de compétences en actes et en actions. Encore faut-il que les collaborateurs aient des occasions d’exercer et de développer leurs compé­tences. Les mêmes gestes répétés pendant plusieurs années consécutives, au mieux, empêchent le développement des compétences, au pire, les fragilisent et les érodent. Dans un schéma idéal, cha­que geste professionnel devrait être une opportunité renouvelée de résoudre des problèmes ou d’affronter des situations nouvelles. C’est pour cela que l’évaluation des compéten­ces est difficile. Elle n’est pas figée. Elle est inscrite dans un contexte. Il arrive parfois que certaines personnes jugées passives, très encadrées par des procédures et des managers omniprésents , dévoilent de réelles capacités d’initiative dans des situations exceptionnelles. D’autres, considérées comme inertes au travail, sont présidents actifs d’associations ou de club sportifs. Tout se passe comme si les compétences se manifestaient en fonction du « bon vouloir » des intéressés. La compétence obéit à un processus de maturation fait de tâtonnements et d’expérience. Elle suppose une envie d’apprendre, une certaine humilité aussi. Le droit à l’erreur, souvent présenté comme une valeur morale, est une démarche essentielle pour promouvoir l’initiative. Les changements rapides, les sollicitations des clients, les innovations continues génèrent des situations évolutives et complexes où l’exécution de prescriptions et le respect de standards prédéfinis ne suffisent plus. L’efficacité du travail dans un environnement incertain et aléatoire passe par la capacité de chacun à s’ajuster au changement et à penser différemment sans perdre le cap visé.

La compétence professionnelle ne résulte pas seulement du champ professionnel. Elle tient au savoir pratique forgé dans le temps, comme elle tient à la dimension per­sonnelle. Des activités sportives, culturelles, artistiques, ludiques contribuent puis­samment à l’élaboration des compétences. Le désir aussi : la volonté de traiter les situa­tions, l’implication dans la recherche de solutions, la créativité. Par exemple, la pratique du chant choral apporte des compétences sur la cohésion d’un groupe ; la randonnée alpine, des aptitudes à l’endurance et à l’anticipation ; la cuisine, le goût de l’expérimentation par tâtonnement… Des activités jugées par certains managers comme futiles et inutiles sont bien souvent le berceau d’expertises professionnelles. La prise d’initiatives est un phénomène complexe. Il résulte de l’interaction entre des stimuli de l’environnement et les ressorts profonds des individus. Cette complexité semble maîtrisée par tous. Chacun prend en effet de nombreuses initiatives au cours de sa vie. En d’autres termes, nous avons tous l’expérience de la prise d’initiative. Le potentiel d’initiative existe chez chaque personne, encore faut-il qu’elle ait envie de l’exploiter. Au risque d’être sévère, quand les collaborateurs ne prennent pas d’initiatives, c’est que leur environnement de travail n’ offre pas un milieu stimulant : carence de sens, organisation procédurière, relations de travail atones, management de type bureaucratique…

La génération « y » serait-elle une fantasmagorie ?

Ayant conçu un nouveau stage Cegos : « Obtenir des résultats sans autorité », j’ai voulu l’animer la semaine dernière pour tester sa véracité. Je me suis retrouvé avec un groupe de douze jeunes chefs de projets et d’assistantes, oscillant entre 25 et 35 ans ; un aperçu de la fameuse génération « y ». Ils étaient tous munis d’un Smartphone et/ou d’une tablette numérique, les garçons étaient habillés en jeans et chemise ouverte ou polo. D’eux d’entre eux portaient de fines boucles d’oreilles. Tous avaient les cheveux très courts. Aucune des filles ne portait un tailleur, elles étaient en jeans  ou en jupe courte, voire un short. Lors du tour de table visant à ajuster leurs attentes par rapport au programme, tous demandaient des trucs et astuces directement applicable, l’un même a précisé : « apportez-moi la bonne méthode pour réussir tous mes projets.» La majorité précisa que le fait de fonder une famille et de faire des enfants n’étaient pas les priorités du moment.

Je me suis dit : « aïe ! Ils présentent plusieurs caractéristiques de la génération « y » telle que représentée dans les médias et l’opinion publique. Ils étaient « branchés » nouvelles technologies, probablement zappeurs, peu soucieux des anciennes conventions et des codes vestimentaires dominants dans les entreprises, et en demandes opérationnelles très centrées sur le pratico-pratique et le présent immédiat. Néanmoins, j’ai décidé d’animer le séminaire « à la papa » en prenant le contre-pied des représentations dominantes. J’ai commencé par affirmer que je serais très riche si la bonne méthode existait et que l’application stricto sensu de techniques et d’outils se heurte au mur du contexte, des représentations mentales et des postures managériales. Je les ai invités à se poser pendant ces trois jours pour prendre le temps du recul et de la réflexion. J’ai choisi une pédagogie centrée autour des cas réels des participants dans une perspective réflexive : « en quoi vous faites partie du problème et en quoi vous faites partie de sa solution.» Et puis pour couronner le tout, je les ai aidés à faire émerger leurs enjeux. Pour résumer, ils ont beaucoup travaillé sur l’intelligence des situations. Bien sûr, sans power point, ni artifice pédagogique.

Eh bien, ils furent très impliqués, demandeurs de références théoriques et écrivirent tous, trois jours plus tard sur les évaluations que ce fut pour eux une expérience très utile et applicable.

Un clin d’œil pour vous signaler que je suis stupéfait par les résultats d’une enquête publiée par le journal le Monde daté du 24 Novembre – cliquez ici-  qui m’informent que mes représentations optimistes sur la jeunesse ne sont pas partagées par la majorité des répondants.

L’éthique managériale au service des compétences

Les effets du rééquilibrage de l’économie mondiale, la crise qui n’en finit plus et les plans de rigueur mettent à rude épreuve nos collaborateurs, et nous-mêmes. Le mouvement de délocalisations a commencé par les productions simples puis par de plus sophistiquées. Par exemple, les laboratoires pharmaceutiques ferment leurs sites chimiques pour les reconstruire, le plus souvent en Inde ou en Chine. De nombreux services informatiques sont externalisés dans les pays émergents. Un nouveau pas vient d’être franchi par une importante entreprise automobile qui transfère ses fonctions de recherche et développement vers les marchés à forte croissance potentielle. Dans les services publics, les agents ont le sentiment de faire plus avec moins. De nombreux départs à la retraite ne seront pas remplacés. De surcroit, des gains de productivité énormes ont été engrangés grâce aux technologies de l’information et les innovations dans les processus de production des biens et des services. Les clients solvables sont de plus en plus exigeants et volatils. Les usagers des services publics se comportent en clients difficiles à satisfaire. De surcroit, nombreux sont les collaborateurs dont l’entourage familial ou social est concerné par le chômage ou le travail précaire. Confrontés à cette réalité, les managers, vous, moi, devons prendre une responsabilité éthique : comment au mieux sauvegarder les emplois, ou à la rigueur soutenir l’employabilité. L’actualisation et le renforcement des compétences de nos collaborateurs devraient être notre préoccupation, au même titre que l’obtention de résultats économiques. Certains pensent que la compétence se résume exclusivement à l’expertise métier et doit être traitée par les professionnels de la formation. Ils oublient, ou ne savent pas, que les compétences couvrent d’autres capacités qui ressortent des managers. Je vous suggère aujourd’hui une liste non exhaustive de sept domaines à renforcer que je reprendrai un à un dans mes prochains billets. Il s’agit de l’expertise technique, la capacité à coopérer avec d’autres métiers et cultures, la clarification d’un projet professionnel en lien avec les évolutions probables du travail, apprendre à apprendre en permanence, l’adaptation aisée aux changements, l’expression écrite et orale, l’ouverture et la curiosité… Si le manager n’est pas le seul contributeur à cet enjeu, joue un rôle de premier plan. Vous sentez vous mû par cette éthique ?

Je vous invite à lire le livre de ma collègue Pascale Belorgey : “le manager de talents” ; riche en méthodes et outils pour développer les compétences de ses collaborateurs. Cliquez ici