Je rencontre en cette fin d’année, riche en transformations et réorganisations d’entreprises, des cadres se déclarant victime d’un déclassement : retrait d’un projet stratégique, perte d’un statut de manager, mise à l’écart en temps que chargé de mission…Ils me disent qu’ils auraient préféré être licenciés ou mis à la retraite d’office plutôt que d’endurer une dégradation de leur image auprès de leurs pairs.

Les moins atteints furent prévenus à l’avance par leur responsable hiérarchique. Ils ont pu, d’un commun accord, communiquer à propos de cet évènement avec une exposition honorable et rationnelle. Les plus touchés découvrirent avec stupeur, sur une note envoyée à tous, ou sur l’intranet, qu’ils n’étaient plus managers ou stockés sur une voie de garage. Le choc fut rude pour ces derniers. Pas avertis, stupéfaits, livrés au regard des collègues, les plus fragilisés n’en parlèrent même pas à leurs conjoints de peur d’être déclassés aussi de ce côté là.

S’ils se plaignent et se désolent, c’est que cet évènement les affecte. D’autres, soit parce qu’ils ont connu des drames plus graves ou font preuve de détachement, n’en sont aucunement humiliés. La peur d’être humilié n’est ni automatique ni généralisable. Pour les plus fragiles ou les plus surpris, des pulsions primitives enfouies ré émergent : envie de meurtre, fuite dans la folie, tentation suicidaire. Je leur conseille de se mettre en état de lenteur au lieu de se précipiter sur des actions inconsidérées.

Plutôt que de sombrer dans la dépression la plus noire, comment rebondir et vous ouvrir de nouvelles perspectives ? Je vous suggère d’adopter un processus de résilience.

Tout d’abord, acceptez de ressentir et de vivre des émotions, même si elles sont taxées de signes de faiblesse. La chaine émotionnelle la plus probable dans de telles situations passe par la peur, la tristesse et la colère. Il est quasiment impossible de rebondir si vous ne passez pas par cette case là. Les émotions déniées se transformant en symptômes psychosomatiques.

Parlez-en à vos proches afin d’exorciser les pulsions ré émergentes. Obtenez du réconfort sans pour autant vous installer dans une posture victimaire. Le choc est rude, mais pas la peine d’en rajouter avec du pathos exacerbé. Attention à des pensées féroces : « Cela n’aurait pas du arriver », « Ce n’est pas normal », « je suis idiot, je n’ai pas vu le coup venir »…Refusez avec diplomatie la compassion exacerbée de ceux qui vous enfoncent encore plus en vous plaignant.

Posez vous des questions telles que : « maintenant que je sais que je viens de vivre ce qui pour moi est une humiliation, qu’est ce que je veux ? Comment en sortir la tête haute ? Quelles sont mes autres perspectives ? En quoi ce choc porte t’il des opportunités ? » En bref des questions orientées sur la construction du futur.

Fort des réponses à ces questions, élaborez votre stratégie en tenant compte des éléments du contexte : possibilités de rupture transactionnelle, procès, escalade auprès de la direction des ressources humaines, acceptation pour maintenir votre emploi, désengagement moral et psychologique , soumission apparente, recherche d’un autre emploi, bifurcation de vie…Plus vous avez d’options en tête, et plus vous augmentez votre marge de liberté.