Existe en Europe pléthore de collaborateurs dont la vocation est de bien effectuer le travail demandé. Ces personnes ne décident, ni de la stratégie, ni des méthodes de management, ni de l’organisation du travail, ni de leurs espaces et horaires. Probablement nombre d’entre eux craignent le chômage dans le secteur marchand ou l’indifférence dans le secteur public. Il fut un temps, honni par les uns et regretté par d’autres où ces salariés faisaient pression sur les managers et les dirigeants par le biais d’actions collectives canalisées par les organisations syndicales. Aujourd’hui, sauf dans quelques ilots, les griefs ne se manifestent pas par des conflits, mais sont intériorisés individuellement.

Des managers naïfs estiment qu’ils peuvent contraindre aisément ces acteurs apparemment sans pouvoirs. Ils emploient le vocable management alors qu’ils pensent commandement. C’est oublier que les « faibles » détiennent des marges de manœuvre telle la soumission stratégique présentée dans le billet précédent.

Comment les « faibles » exercent- ils leurs pouvoirs ? Décrivons les quatre stratégies les plus courantes. La première consiste à profiter au maximum des possibilités offertes par le droit du travail : absentéisme, respect « à la lettre » des 35 heures, récupération au quart de journée près…La deuxième est la demande exacerbée de règles et de précisions : « quelles sont les taches précises que je dois effectuer ? », « ce n’est pas à moi de faire ce travail, cela ne rentre pas dans ma définition de fonction »…La troisième est l’obéissance aveugle : faire ce qui a été demandé par le manager, même si le collaborateur perçoit une anomalie, appliquer les procédures « à la lettre » sans discernement. La quatrième consiste à saturer son manager : « chef, que dois je faire », « je ne suis pas payé pour trouver de solutions, c’est le rôle du chef » ; le tout en inondant la boite mail du manager de demandes répétées et de messages en copie.

Il existe, certes, des individus qui adoptent ces comportements indépendamment de leurs contextes professionnels. Mais le plus souvent la passivité des collaborateurs résulte d’une production managériale, voire d’une absence de management.

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