Un chef d’entreprise me demande lors d’un training « Est-ce que vous pensez que je dois prévoir des petites phrases, comme le font les hommes politiques ? ». Des exemples, des illustrations, des anecdotes, pour rendre le discours plus vivant, oui. Sans hésiter. Des petites phrases… je serai plus circonspecte.
Les hommes et les femmes politiques, briefés par les consultants qui les accompagnent, savent qu’une petite phrase bien trouvée est davantage retenue qu’un long discours compliqué. La petite phrase facilite aussi la tâche des journalistes. Ils ont même créé un prix annuel Press Club « Humour et politique » pour récompenser celui qui aura fait preuve du maximum d’humour – volontaire ou involontaire- en un minimum de mots (aux dernières nouvelles, Jean-François Copé serait bien placé avec son « Moi vivant, il n’y aura pas d’augmentation de la redevance ». Mais Bertrand Delanoë garde toutes ses chance avec « Le vrai changement, au PS, ce serait de gagner »).
Le grand public est-il, lui, aussi friand de ces petites phrases qu’on pourrait le penser ?
Lorsqu’on se promène sur le web, lorsqu’on parcourt les blogs, les forums, on trouve beaucoup de commentaires sur le « ras le bol des petites phrases ».
On retrouve aussi des commentaires de ce type chez les politiques !
Il ne faut plus se battre « à coups de petites phrases » peut-on lire sur un compte-rendu de l’UMP. Il faut « en finir avec les petites phrases » pense Marie-Georges Buffet. Le PS se range aussi à cet avis.
Mais, bien qu’ils se plaignent de leur vacuité, nos hommes politiques n’ont pas l’air de vouloir y renoncer.
Il y a quelques temps, Nicolas Sarkozy déclare « Je me fais taper dessus, mais j’ai la banane. » lors d’un cocktail à l’Elysée.
Aussitôt Dominique de Villepin réagit sur France Inter en rétorquant que « la question, c’est que le président de la République, l’institution qu’il représente, soit capable de faire preuve non pas de banane, mais de vision, d’anticipation, de sagesse ».
Pour ne pas être en reste, François Hollande, sur Radio J, reprend aussi le mot en ajoutant « lui, il aurait la banane, mais les Français ont les peaux de bananes, eux, tous les jours ».
La « banane » occupant les médias, il fallait y aller fort pour se faire remarquer par la presse cette semaine-là.
François Lefebvre, porte-parole de l’UMP veut couper court aux rumeurs de tensions avec Xavier Bertrand ? Il demande aux journalistes si pour les convaincre que tout va bien « il faut qu’on s’embrasse sur la bouche ? ». Il a donc, lui aussi, droit à quelques papiers.
En tant que citoyenne, j’aimerais bien que les hommes politiques ne reprochent pas aux journalistes de ne retenir que leurs petites phrases alors qu’ils les ont, souvent, soigneusement choisies pour qu’elles aient une chance d’être reprises et diffusées.
Sinon, j’ai peur qu’ils finissent par perdre toute habitude d’échanges plus longs et plus constructifs… Comme en témoigne cette dernière phrase, qu’on prête à Luc Chatel :
« Le chef de l’Etat appelle parfois Brice Hortefeux pour ne rien lui dire. C’est la preuve de la qualité de leurs relations ».
Les petites phrases sont toujours à la mode, elles traversent le temps et les époques.
Elles ne manquent pas de ryhtmer les agendas politico-médiatique et permettent à certains de revenir sur le devant de la scène.
Seulement, parfois le grand public se perd entre ragots et réelle information.
2 articles intéressants et distrayants sur ce sujet:
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/grandeur-et-decadence-des-petites-65117
http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/05/01002-20091105ARTFIG00575-les-plus-grandes-petites-phrases-de-la-ve-republique-.php